Ce qui fait vraiment battre le cœur du Dak’Art Sound : rythmes, voix et villes
Pulsation urbaine : le rythme, toujours
Ici, la ville n’est pas juste un décor. Elle est un instrument. Prête l’oreille : le beat des feux de circulation, les vendeuses qui crient “thiéboudiène !” (riz au poisson), les klaxons, le bac qui traverse l’île de Gorée… Tout devient percussion, tout groove. Les rappeurs comme Nix ou Keyti en font d’ailleurs une matière sonore : on ne pose pas seulement un flow, on “arpente” la ville, on la sample direct dans le micro.
Ecoute “Deuk Bi” de Nix : au détour de chaque couplet, le sample des battements de Dakar, la cadence des bus Ndiaga Ndiaye viennent faire vibrer le morceau.
Langues et flows : multi-couches et identité hybride
Nouveau visage du Dak’Art Sound : cette polyphonie urbaine. Le wolof se marrie au français, l’anglais surgit sur un refrain. Résultat ? Les morceaux parlent plusieurs langues en même temps, sans forcer. Chez Dip Doundou Guiss, ce sont des punchlines en wolof sur du trap, chez Moonaya ou OMG, le flow saute de la poésie en pulaar à des incantations d’inspiration mandingue.
Ce va-et-vient perpétuel donne une identité sonore mouvante : c’est urbain, résolument moderne, mais toujours accroché au terroir.
Chaleur de l’innovation : productions, samples et beatmaking
Le Dak’Art Sound ne se contente pas de refaire du hip hop US ou de l’afrobeat “à la Nigériane”. Il tisse sa propre toile sonore. Les producteurs comme Ndongo D et Canabasse insèrent des samples de sitar indien dans les refrains, des polyrythmies sabar dans la trap, des grooves inspirés du highlife (musique nigériane/ganaéene portée sur des guitares dansantes) dans l’électro.
Un exemple ? “Senegal Boy” de Dip Doundou Guiss (plus de 2,6 millions de vues YouTube en moins d’un an selon AFRIMMA 2023), où la rythmique cogne comme du trap US mais intègre le chant traditionnel du “taggal” (une incantation wolof).